Cléo Laban
DNSEP Art
On parle peu de ce que font les étudiant·es en dehors de l’école pour gagner leur vie. Cléo Laban pratique la vidéo et la performance, et, à côté, la médiation culturelle, la danse et le mannequinat. Ce qu’elle expérimente dans un contexte nourrit l’autre. Son corps lui sert de mesure et d’appareil critique, d’acteur, de lieu et de support à ses recherches, il est matière et non objet. Pour le court-métrage STRIKE (2024), Cléo Laban est vêtue d’un costume fait de soixante céramiques réalisées et cousues par elle, dont le volume et le poids vont contraindre son mouvement, face caméra. Lors de précédentes recherches, elle s’était intéressée à la posture de quelques saints sculptés sur des voûtes d'églises à Bordeaux, notamment celles de Sainte-Croix et celles de la basilique Saint-Michel. « Comment une à une, les différentes postures de ces personnages, créeraient un enchaînement de mouvements, une forme d'écriture ? Comme du stop-motion, image par image. Pour l'écriture de la performance chorégraphique STRIKE, j'ai employé le même procédé. J'ai classifié des personnalités de l'industrie du mannequinat. Puis, j'ai constitué une collection de poses ».
Son mémoire, PLAY-DOH : How to model (2025) conçu comme une suite de hors-séries de magazines de mode, est une sorte d’antichambre ou de manuel de fabrication pour STRIKE, mais il a été réalisé après la performance pour faire trace de cette recherche. Son travail de performance comme de sculpture s’inscrit dans une histoire longue des postures, où poser n’a jamais été neutre. À chaque décennie, un régime du corps se dessine. Aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux et des images démultipliées, la posture est devenue un langage quotidien. Les codes circulent, se citent, se rejouent. On archive et on performe simultanément. Les poses iconiques sont rejouées comme des citations vivantes ; elles deviennent matière d’étude, de variation, de déplacement. Cléo Laban rejoue ces codes sans les figer. Elle en démonte les rouages, observe comment un coude levé, une hanche déplacée ou une épaule rentrée condensent des imaginaires collectifs. Son corps devient archive mobile, surface d’inscription et outil d’analyse. En passant de l’autre côté de la caméra, elle déplace l’autorité du regard. Elle transforme la pose en phrase, le geste en ponctuation, et fait de ses allers-retours, entre voir et être vue, une manière d’écrire une histoire de la mode et de la danse et d’en performer la mécanique et l’industrie.
Crédits :
Texte : Lætitia Paviani, autrice et éditrice, membre du jury de diplôme (art)
Photos : ©iso.ebabx