Dan Potentier
DNSEP Art
Dan Potentier dévoile dans sa peinture une honnêteté toute à lui, qu’il décrit comme une peinture manifeste, qui témoigne de la communauté dans laquelle il évolue et dont il se doit de laisser une trace.
Un séjour à Berlin en 2022 marque durablement la pratique de l’artiste, dans un moment d’apprentissage, à la fois pictural auprès d’Axel Pahlavi, mais aussi d’expériences personnelles, charnelles, d’amour et d’amitié, de drag et de travail du sexe.
Par la suite, l’artiste démarre des témoignages picturaux, où il se livre entièrement. Dans les scènes peintes d’après photo, les corps tiennent une place prépondérante, décryptant des mécanismes sexuels, dépeignant des identités biographiques (lui-même, ses parents) ou alternatives. Pour l’artiste, il s’agit de décrire, en prenant son temps, une intensité de situations où les couleurs des fonds, souvent saturées, dévoilent des scènes vécues collectivement, de nuit, dans des espaces clos.
L’artiste accentue dans l’accrochage cette dimension claire-obscur, déjà importante dans les toiles. Ici, Dan Potentier plonge l’exposition des travaux dans le noir, les toiles, plutôt de grands formats, étant éclairées à plusieurs endroits par des halos de lumière qui forment au mur des médaillons, accentuent la dimension porno chic de l’ensemble, et magnifient certains sujets peut-être plus précieux. Potentier indique ici où il souhaite orienter le regard : tantôt sur Arlequin (2024), des amants dont on ne voit que partiellement les corps, ou Dana Rose, son alter drag…
La nuit condense la charge affective et sexuelle contenue dans une peinture fragile, au sein de laquelle les corps se retirent au profit de la prépondérance de la mémoire, passée à travers le filtre de l’objectif de l’artiste. Il explique tenter de s’effacer de ces scènes qu’il a pourtant vécues, au profit des personnes qui l’entourent.
Sur un pan de mur, trois grands tableaux de scènes explicites, qui nous aident à comprendre ainsi que l’artiste chérit autant ces moments d’une intensité extrême dans sa pratique que dans sa vie. Représentés sur des saturations monochromes, les corps s’enchevêtrent, se contractent, se confondent et s’aiment.
Si les personnages sont souvent nus, les scènes ne sont pas crues et plongent plutôt le/la regardeur.euse dans une forme de contemplation douce. On sent dans la peinture une honnêteté et une énergie enthousiasmantes, que l’artiste communique aisément au détour d’un échange, et au cours duquel il fera part d’une érudition complexe de références.
Et dans la vapeur des fonds colorés, au détour d’une pièce sur un contre-mur, Maman et Papa (2024), reproduction de photos d’identité de ses parents, finissent de nous emporter dans la vie de l’artiste. On a fait le tour, lui qui décrit sa pratique comme une façon d’aller à la rencontre des identités. Après la chair, les visages sont appropriés, comme lorsqu’il se représente un panneau vide à la main qui, en réalité, contient ses informations personnelles, preuve de son identité pour une application de travail du sexe. Enfin, Warning Sex (2024) une toile de texte très colorée, rejoue et agit comme un trigger warning ironique, un manifeste qui perd son sens préventif.
Dan Potentier est un peintre qui cherche à mieux connaître son environnement par la peinture, et trouve dans ses aspects sincères et bruts les violences et les douceurs des identités les plus complexes.
Crédits :
Texte : Maëla Bescond, directrice du centre d'art contemporain de Troyes, curator, membre du jury de diplôme (art)
Photos : ©iso.ebabx