Grégoire Delvoie
DNSEP Art
Un homme traverse une forêt dense en courant, un pneu autour de la taille. Il vient manifestement d’avoir un accident.
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Le facteur tente de faire son métier, mais le vent contraire l’empêche de glisser le courrier dans la boîte aux lettres.
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Dans un sous-bois rocheux, des personnages observent des croissants avec une attention soutenue.
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Un personnage ne parvient pas à mettre ses chaussures, essaie, rate, tombe et roule sur une pente de pelouse, remonte... le décor ? Un morceau de jazz émane de la maison, une dame sirote un thé sur la terrasse, impassible. Enfin, on lui prête un chausse‑pied.
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On peut parler de réalisateur, pour qualifier le champ d’activité de Grégoire Delvoie, peuplé de gags et imprégné par le cinéma de Keaton, Buñuel, Tati, Dumont, les Monty Pythons, ou Van Warmerdam (…). Quand il présente son travail, on est face à quelqu’un qui semble avant tout s’amuser profondément avec la caméra, en abordant les personnages « en partant d’une planche d’anatomie du corps humain modifié ». Il précisera par la suite observer beaucoup les gens ; leurs postures, leurs voix et leurs attitudes deviennent des traits à épaissir pour rendre l’absurde un peu plus tendre.
Si voir un cinéaste dans une école d’art, lieu d’expérimentation des médiums et des mécanismes de fiction est inhabituel, l’artiste réconcilie les arts visuels avec le cinéma en nous accueillant pour un visionnage au cinéma d’art et essai Utopia de Bordeaux.
Au moyen d’acteur·ices amateur·ices, souvent casté.es au hasard des villages dans lesquels il tourne, grâce à des prospectus dans les boîtes aux lettres ou agrafés sur les poteaux électriques, Grégoire Delvoie officie avec les moyens du bord, et confère à travers une écriture travaillée, un montage léché, un script maîtrisé et un générique soigné une dimension parfaitement professionnelle à ses images. L’artiste s’est longtemps intéressé au cinéma comme un enfant assidu à une leçon d’histoire : prendre des notes, analyser les effets comiques, prendre en compte la composition des corps, des décors et des objets, le tout pour mettre en lumière les maladresses du quotidien.
Aujourd’hui, il s’empare aussi des tournages pour réinjecter des moments de vie qu’il orchestre avec ses équipes. Car c’est bien de collectif qu’il s’agit, chez Grégoire Delvoie, qui fait d’ailleurs souvent traîner les scènes un peu trop longtemps, pour en accentuer l’effet comique. Et cela fonctionne.
Ses scènes gagnent également en emphase lorsque la narration s’interrompt subitement, comme on aurait au théâtre un tombé de rideau soudain qui brise la frise chronologique et nous propulse ailleurs, là où nous n’avions jamais pensé nous retrouver.
C’est un peu l’effet que font les pièces de Grégoire Delvoie, grotesques et enthousiasmantes, lui qui s’investit pleinement jusqu’à jouer ses personnages. Les intrigues sont peu palpitantes, comme dans Rasibus (2022), un petit film court de 10 minutes où le nombre de personnages augmente à mesure que le premier tente de démarrer une tondeuse à gazon. Ou dans Les Gens du coin (2025), où « pendant qu’ils vivent leur vie, un facteur tente simplement de faire son travail ». C’est simple, drôle, divertissant. C’est produit par Delvoie Production.
On peut espérer bientôt retrouver Grégoire Delvoie arpenter un coin de la France à la recherche d’un nouveau lieu de tournage, des notes plein les poches, travailleur infatigable pour l’amour de l’image en mouvement qui dit son rapport au monde, toujours fictionnel, joyeux, en dehors des clous, malicieux et déterminé.
Crédits :
Texte : Maëla Bescond, directrice du centre d'art contemporain de Troyes, curator, membre du jury de diplôme (art)
Photos : ©iso.ebabx