Bénédicte Bonpunt
DNSEP Design
Plusieurs tables disposées parmi de larges pans de tissu blanc, eux‑mêmes suspendus dans l'espace et devant lesquels semblent flotter des dessins. Sur les tables, des livres et autres matériaux imprimés. Suspendues, des planches de bande dessinée à différentes étapes de construction, montrant des moments apparemment ordinaires de la vie d'une jeune fille, ou encore deux images quasi abstraites, entre paysage montagneux et ciel nuageux, formant une proto‑séquence narrative dans l'espace d'une feuille. Entre présence discrète et magnétique, c'est le dispositif qu'ont pu voir les spectateurices du diplôme de DNSEP de Bénédicte Bonpunt en juin 2025. Dispositif habile pour faire exister dans un espace de monstration une pratique essentiellement contenue dans l'espace modeste et surtout condensé du livre et de la micro‑édition.
C'est en effet dans ce champ que Bénédicte Bonpunt déploie un travail de dessin, de bande dessinée et de narration graphique. Dans des livres ou des livrets, sous forme de dessins prenant leur autonomie, ou encore imprimés sur des rouleaux de tickets de caisse grâce à une imprimante thermique (à mi‑chemin du volumen et du scroll numérique), le travail de Bénédicte Bonpunt emprunte les multiples formes, formats et voies de circulation de la micro‑édition. En cela, sa démarche est en prise avec une scène particulièrement active et vivante qui contribue à un renouveau de la bande dessinée en France (en témoigne la place de la micro‑édition lors des Fêtes interconnectées de la BD organisées en janvier 2026 — soit quelques mois seulement après l'obtention de son diplôme de DNSEP par Bénédicte Bonpunt — dans le cadre d'un girlxcott du festival d'Angoulême).
Dans un style faussement enfantin, ce travail mêle la représentation du quotidien et l'absurde, l'introspection et des questionnements sociétaux sous‑jacents. À travers les souvenirs d'une adulte et le regard d'une humaine, l'enfance ou l'animalité devient alors un prisme pour regarder ce qu'est le monde, dans un mélange d'humilité et d'acuité. Cette démarche trouve toute son ampleur dans les pages colorées de Sacha au pays des rêves, « l'histoire d'une fille qui rêve la nuit et qui rencontre plein de chiens ». Réels ou fictifs, les personnages imaginés ou remémorés par l'autrice sont avant tout des émissaires, des intermédiaires, au travers desquels raconter un monde à la fois ordinaire et profond.
Crédits :
Texte : Jérôme Dupeyrat, critique d’art et chercheur, membre du jury de diplôme (design)
Photos : ©iso.ebabx