Pauline Hervouet
DNSEP Design
« Qu'y a‑t‑il de commun entre marcher, tisser, observer, chanter, raconter une histoire, dessiner et écrire ? La réponse est que toutes ces actions suivent différents types de lignes1 ». Ce sont là les premiers mots de l'anthropologue Tim Ingold dans Une brève histoire des lignes. Au moins quatre de ces actions sont au centre de la démarche de Pauline Hervouet : marcher, observer, dessiner, écrire. Rien d'étonnant à ce qu'une designer graphique investisse ces pratiques, dans la mesure où le design graphique lui aussi est bien une affaire de lignes : celles que dessinent de façon visible les lettres, les traits, celles qui structurent la composition des images, ou celles des grilles invisibles et autres repères de mise en page.
Plus précisément, Pauline Hervouet développe des projets qui mobilisent les outils du graphisme et de l'illustration pour rendre compte de ses explorations de différents territoires, qu'elle choisit, arpente, et où elle collecte des traces. En partant de Cihangir, Istanbul (2025) est un carnet de voyage sous la forme d'un livre et d'un projet de site web, rendant compte de plusieurs semaines d'exploration urbaine au bord du Bosphore. De cette expérience résulte un travail de prélèvement, d'écriture et de dessin, dont l'édition et le web offrent des modalités d'éditorialisation complémentaires. Les dessins linéaires, au trait blanc sur fond bleu, montrant des architectures, des passants ou des moyens de locomotion, se prêtent en outre à une large variabilité de formats. Imprimés aux dimensions de grandes affiches qu'on aurait déplacées des murs de la ville à ceux d'un espace d'exposition, ils peuvent alors devenir comme un horizon ou un environnement pour accueillir les autres traces des pérégrinations de Pauline Hervouet.
En outre, à partir de décors de carrelage recensés au cours de son exploration, la designer élabore un outil modulaire de production de motifs, pouvant être reproduits aussi bien au feutre qu'en sérigraphie ou numériquement. Le récit et l'enquête laissent alors la place à la production de nouvelles formes pour des usages librement appropriables.
Lorsque ce ne sont pas les déplacements de Pauline Hervouet elle‑même qui fondent son travail, la collecte de signes et le recueil de témoignages restent au cœur de sa méthode. Ainsi, dans l'édition Les bidules autour des clés (2025), réalisée avec Maïsha Mwepu, les deux autrices et designers ont rassemblé après un appel à participation neuf photos et témoignages de personnes ayant des clefs et des porte‑clefs (pour la cohérence) porteurs de récits qui, pour personnels qu'ils soient, ont aussi souvent une valeur collective.
À l'instar de ces deux projets, l'ensemble des productions de Pauline Hervouet manifeste une approche de recherche‑création qu'on peut situer à la croisée du design, de l'anthropologie et de la cartographie sensible.
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[1] ↩ Tim Ingold, Une brève histoire des lignes (2011), Bruxelles, Zones sensibles, 2013, p. 7.
Crédits :
Texte : Jérôme Dupeyrat, critique d’art et chercheur, membre du jury de diplôme (design)
Photos : ©iso.ebabx