Léa Sarasola

DNSEP Art

Face à l’exposition des travaux de Léa Sarasola, un contraste entre la pudeur et le grotesque émane de l’accrochage. Une forme d’instabilité qui surgit des scènes figuratives comme plus abstraites, nous relit définitivement, en revanche, à une peinture à la physicaliste palpable. Des corps fragmentés, des chiennes à la gueule ouverte, des traits rapides, empruntés quelque part entre Guston et Cahn. Une palette presque criarde, vive et contrastée, où se rencontrent des roses acides et des verts fluos. Les émotions sont nombreuses, vacillent, et les pulsions de colère, de peur ou de désir confèrent aux œuvres une tension palpable.

Dans deux tableaux figuratifs de l’artiste on distingue des figures féminines, partiellement nues, aux corps un peu grossiers, maladroits. Les personnages, conversent, se mélangent, se regardent et se montrent, dans une intimité et une décomplexion affirmée, nus ou affublés d’attributs féminins. Dans un troisième tableau, deux chiennes (décrites par l’artiste comme telles, mais on pourrait croire à des animaux plus hybrides, humanoïdes), semblent s’agresser et se fondre l’une dans l’autre, tous crocs dehors. La monstruosité des figures est ici accentuée par les couleurs qui agissent comme des flux nerveux, sur un fond brumeux, flou.

Léa Sarasola, qui ne se prive pas de prendre parti pour des accrochages inattendus, réalise aussi des toiles bien plus petites qui viennent dynamiser les murs, et ponctuent les tableaux plus imposants. Des zones gestuelles, souvent en noir et blanc, nous emmènent dans des espaces plus suggérés, où des traits hésitent et se démembrent. Ils permettent une respiration entre des scènes intenses, et affichent aussi le goût de l’artiste pour le dessin. On pensera ici à Lee Lozano et à la force du trait, insistant et si vigoureux. On pourrait imaginer aisément une forme de théâtralité, une saynète mentale, ou un carottage de scènes plus verrouillées. Ces espaces plus fluides, dans les formes comme dans le format, permettent la définition d’un langage que les personnages des toiles de l’artiste, la bouche souvent ouvertes, seraient sur le point de révéler.

L’artiste parle de peinture « intuitive », où les motifs et les formes apparaissent en peignant et la mettent face à ses choix. Quoi qu’il en soit, la peinture de Sarasola comporte dans sa saturation, son énergie presque désespérée, sa douceur, et son caractère, une puissance de la relation au corps, ici considéré comme un territoire où se nouent relations, vulnérabilités et puissances revendiquées. Les toiles assument finalement le désir et l’expression des corps, sans doute considérés comme des espaces de transition, oniriques et mouvants, à l’iconographie trouble.

Crédits :
Texte : Maëla Bescond, directrice du centre d'art contemporain de Troyes, curator, membre du jury de diplôme (art)
Photos : ©iso.ebabx

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