Leah Williamson

DNSEP Art

Les images de Leah Williamson ont ceci de commun qu’elles sont réalisées à l’aide – ou plutôt à la contrainte – d’une perche de 2 m de longueur, qui déstabilise grandement le processus de prise de vue. Cet intérêt marqué pour la mise en mouvement du paysage est encore plus prononcé par le sujet même des images, puisque l’artiste capture la surface de l’eau, tantôt lumineuse, calme, ou plus brouillée, recouverte de végétation.

Leah Williamson semble proposer l’imprévisible, à l’image de ce qu’elle décrit comme des « compositions involontaires » issues de son protocole à la perche, « entre document et décor ». On l’imagine bien sur les rives de la Garonne, un peu maladroite, à figer ce moment de la prise de vue qui dure un quart de seconde, ou à extraire de l’eau boueuse des vestiges industriels autrefois usuels et désormais sculpturaux.

L’eau se manifeste ainsi sous son aspect le plus trouble, et son association crée finalement des topographies poétiques, puisque l’artiste parle beaucoup des lignes, des frontières, et des chemins. En résultent des images souvent à la lisière de l’abstraction qui troublent notre rapport d’échelle.

De l’exposition des travaux se dégage un sentiment d’instabilité, au moyen d’un accrochage aérien pensé comme une constellation. Ce déséquilibre émane aussi de la fragilité des quelques sculptures mises en espace, qui crée un sentiment de tension, où tous les éléments semblent provisoires ou sur le point de basculer, au bord du monde.

Elle pose son œil sur les interstices, avec un intérêt pour une palette elle aussi un peu vague : des verts profonds, bleus aquatiques, bruns terreux ou gris brumeux, parfois ponctués de reflets rouille. Leah Williamson aime nous emmener dans l’humide, en empruntant des passages entre la surface et la profondeur, renforçant ainsi la précarité des symétries.

En témoigne la série de sculptures Bridge o’clock (2024), composées de fers métalliques pris dans des blocs de béton et de pavés rouges de granit. Certains debout, d’autres couchés au sol, la question des lignes est encore une fois posée. Les matières brutes, industrielles et oxydées, contrastent néanmoins avec les images plus organiques. Une sculpture moins minimale se détache de l’ensemble : What we Stand On (Face It ! B. Kruger), 2025, est plus complexe dans sa composition et son discours : hommage direct à Barbara Kruger, à qui elle emprunte le slogan « Face it ! » et sa typographie emblématique, est une fontaine suspendue qui délivre un enivrant goutte-à-goutte. Composée d’éléments en lien avec la traversée, son support, une bouée orange de sauvetage, évoque autant la catastrophe climatique que nous vivons que les tentatives de traversées des personnes migrantes. Une façon de rappeler, encore une fois, l’équilibre précaire de nos sociétés, desquelles peuvent émerger le pire, comme le meilleur.

Crédits :
Texte : Maëla Bescond, directrice du centre d'art contemporain de Troyes, curator, membre du jury de diplôme (art)
Photos : ©iso.ebabx

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