Jamila Issa

DNSEP Art

La performance de Jamila Issa transforme l’espace d’exposition, qui devient subitement un champ de présences, de passages et d’activations. Les sculptures, réparties en cercle dans la salle, apparaissent comme des corps en suspens, des figures totémiques. Plusieurs pièces évoquent le masque, le costume ou l’instrument de musique, et les pantalons deviennent des jambes desquelles s’échappent des torses, qui sont des peintures aux formes et aux couleurs éclatantes. Certains volumes, souples et colorés, évoquent des formes plus organiques et abstraites, des créatures en devenir ?

De la musique aux accents rituels apparaît, suivie de l’entrée dans le décor de plusieurs performeuses sollicitées via un appel à projets plusieurs semaines avant le diplôme. La musique s’interrompt, une performeuse lit un texte, depuis son téléphone. Elle s’immobilise dans une pose instantanée, la musique reprend. Entre danse et récit, les corps qui tournent, traversent l’installation sans dominer les objets ; ils les approchent, les contournent, agissant comme des passeurs. En circulant parmi les formes, ils révèlent que l’exposition n’était pas un simple ensemble d’œuvres disposées dans un espace neutre, mais déjà une scène peuplée d’entités silencieuses.

Jamila expliquera que ces sculptures sont en fait issues de 5 années de création, un ensemble très important duquel elle exhume ces formes qu’elle incarne complètement  ; face à nous, des portraits de familles, d’amis, ou de mythologies, qui nous toisent autant qu’on les regarde, transformées en icônes et qui font bloc autour de ces femmes qui dansent chantent et parlent ensemble.

Le texte, entièrement écrit par l’artiste, prend pour point de départ le héros indépendantiste Lumumba, symbole de la résistance congolaise, qu’elle viendra mêler à la fiction et à la mythologie. La performance de 10 minutes, découpée en saynètes et interrompue par des interludes musicaux brésiliens, révèle également la dramaturgie contenue dans les objets. Le regard se pose régulièrement, s’arrête pour découvrir des configurations chaque fois différentes.

Les corps multiples, en mouvement, en paroles, en musique, et contenus dans les sculptures, révèlent le sujet principal de l’artiste : son désir de rendre visible, dans le milieu très blanc de l’art contemporain, des personnes issues de communautés diasporiques.

Elle viendra injecter d’ailleurs des langues congolaises (lingala, lari), du portugais, et du français, dans son récit.

Aujourd’hui, après avoir beaucoup lu sur les violences faites aux femmes et écrit sur les sorcières, Jamila a fondé une association avec plusieurs autres artistes pour favoriser la représentation de créatrices femmes issues de la diversité culturelle, « pour rendre la scène artistique contemporaine plus inclusive, équitable et accessible ».

La sororité et le soutien mutuel qu’elle a trouvés avec ce diplôme, l’amènent à poursuivre sur un chemin plus engagé, rassemblant une communauté mouvante, ouverte, et intensément vivante, à son image.

Crédits :
Texte : Maëla Bescond, directrice du centre d'art contemporain de Troyes, curator, membre du jury de diplôme (art)
Photos : ©iso.ebabx
Vidéos : ©Jamila Issa

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