Jany Faucon

DNSEP Art

Dans une grande salle d’exposition de la fabrique POLA, à Bordeaux, Jany Faucon accueille le public devant ses sculptures, qui ne se détachent que légèrement sur le gris du sol bétonné, et dessinent une architecture extérieure entièrement réalisée en fil de fer : clôtures basses évoquant les parterres de jardins publics, dont certaines parties sont comme piétinées, grand portail ornementé suspendu, colonnes reliquaires décorées, le tout imitant les motifs réalisés traditionnellement en fer forgé – volutes, arabesques, fleurs et feuillages s’assemblent dans une symétrie tremblante.

La pauvreté et la malléabilité du matériau contrastent bien sûr avec la dimension monumentale et très travaillée des œuvres, un pied‑de‑nez gestuel d’une exposition des travaux conçue in situ, qui a nécessité des centaines d’heures de travail, des expérimentations et des solutions ingénieuses, tantôt heureuses ou malheureuses.

L’artiste assume parfaitement son médium, s’amusant des échecs techniques et revendiquant le caractère processuel de la manipulation, davantage que la forme finale. Par endroits, les sculptures se parent de quelques objets souvenirs issus de la vie de l’artiste : une montre et un morceau de pierre ramassé furtivement à Pompéi nous ancrent un peu davantage dans la dimension temporelle de l’artiste, fascinée par la disparition, l’oubli et la transparence.

L’exposition des travaux, en forme de seuil, nous fait franchir son espace, sa « ruine métaphysique » empruntée à Edoardo Tresoldi, elle qui se tient désormais au fond de la pièce, devant de vastes baies vitrées qui donnent sur la Garonne et ses clapotis irréguliers.

Le public accède alors à l’autre matériau de l’artiste : le son. Elle entame une performance électroacoustique et vocale de 15 minutes dans une simplicité touchante et sincère. Seule devant son matériel informatique, l’artiste chante et vocalise en tordant sa voix et en jouant avec les delays, les reverbs et les loops, son intensité vocale et le field recording. Elle joue avec la texture du son, s’amuse à l’expérimentation, improvise à partir de textes français, anglais et de novlangues issues d’ouvrages Fantasy. La scène devient un espace vivant et lumineux qui donne à la prestation une dimension émotionnelle particulière ; Jany Faucon se réclame en effet d’un terme non traduit en français, le Nagori, littéralement en lien avec l’eau puisqu’il signifie en japonais « ce qu’il reste des vagues ». Il symbolise la nostalgie de ce que l’on quitte ou de ce qui vient de nous quitter, n’a pas d’équivalent français, mais retranscrit bien le sentiment qui habite l’artiste.

Il est vrai que le travail de Jany Faucon dégage une mélancolie, transmise par l’immédiateté de la scène, ode à ce qui n’existera plus, et hommage aux matériaux fragiles, sur le point de disparaître, qui emporteraient avec eux l’énergie du chant flirtant par moments avec des accents de pleureuses antiques.

Moment suspendu, ponctué par le passage d’un immense paquebot blanc qui renforcera fortuitement la poésie de cet instant.

Crédits :
Texte : Maëla Bescond, directrice du centre d'art contemporain de Troyes, curator, membre du jury de diplôme (art)
Photos : ©iso.ebabx
Vidéos : ©iso.ebabx

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