Sacha Tanguy
DNSEP Art
« Vous êtes ici : Île de la Conférence ». C’est la première image du portfolio de Sacha Tanguy, une carte, une île, et nous. Au-delà de présenter un travail en cours, commencé en 2025 et qui rassemble dans une fiction-documentaire des rencontres basques et des récits fictifs, ces mots et cette situation incarnent assez bien l’ensemble des recherches artistiques de Sacha. Sacha Tanguy se décrit comme enquêtrice-artiste-animatrice. Elle fait des vidéos, des photos, des sculptures, des livres, des jeux. Elle aime raconter des histoires et entretenir la limite entre documentaire et fiction.
Dans les années 2000, on a vu l’émergence de plusieurs artistes dont le cœur du travail consistait à interroger l’autorité du discours. Qui a le droit de parler ? Qui parle de quoi ? Et ces artistes ont décidé de reprendre la parole et la remettre au centre de l’œuvre, ça donnait des sortes de conférences performées, l’idée étant de faire soi-même, de questionner l’objet comme forme d’art. C’était aussi, et avant tout, montrer et partager une étape du travail, plutôt que sa finalité. Eric Duyckaerts, un artiste belge, articulait ainsi les arts plastiques et des savoirs exogènes, tels que les sciences, le droit, et la logique mathématique ; il donnait des conférences, dont il était le personnage principal. Personnage qui, disait-il, avait vraiment beaucoup d’idées à faire partager et dont l’enthousiasme n’était jamais feint. Duyckaerts disait lui-même foncer dans des sphères de connaissance où il se sentait bien, et que concernant Sacha Tanguy, c’est une boîte de maquereaux qui la mènera dans une enquête autour de la Méditerranée et jusqu’en Tunisie pour y découvrir que parfois les poissons aussi souffrent de scoliose1. Elle décide de résoudre ce problème par une fiction réparatrice2 en créant une fontaine magique pour poissons « scoliosés ». Dans sa présentation Sacha Tanguy a évoqué François Sarano, océanographe et plongeur professionnel, de « sa passion pour les non-humains aquatiques, son don oratoire pour parler des structures sociales des cachalots (par exemple), sa capacité à envoûter son public quel qu’il soit, enfin sa générosité dans l'exposé, et son désir de déposer des graines de curiosité chez les gens »3. Je prends des notes, raconte-t-il, je fais des croquis des attitudes des poissons ou je note le relief, la couverture végétale, toutes les espèces animales que je peux observer. Et après, ça permet de mieux partager avec les autres. Mieux partager avec les autres. Voilà quelque chose de très présent dans les pièces de Sacha Tanguy. Des flyers circulent. Peut-être vous êtes tombés sur l’un d’entre eux ? Celui qui annonce : Les micro-conférences, décryptage et PowerPoint : Les arbres et l’abus de pouvoir. Le syndrome Brainrot, dont nous sommes atteints. Pourquoi j’ai arrêté l’équitation et pourquoi je n’y retournerai plus. Retour sur la trilogie Karaté Kid4 et plus encore. Ou sinon celui-là : Dans le quartier Sainte-Croix, depuis le mois de janvier, un jeu de cartes excite toute une foule : Le Mémory. Ce mardi, une nouvelle édition va sortir de l’imprimerie OMG !
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[1] ↩ Et cela à cause de l’oxygène de l’eau saturé en particules polluantes dues aux déchets de cimenteries.
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[2] ↩ Voir, NOTÉRIS Émilie, La Fiction réparatrice, éditions Supernova, 2016.
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[3] ↩ Sacha Tanguy me le précise dans un e-mail.
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[4] ↩ Les arbres et l’abus de pouvoir est une conférence proposée par Sacha, les autres titres sont celles d’autres personnes qui se sont portées volontaires pour se prêter au jeu de cet évènement de partage libre où chacun·e est bienvenu·e.
Crédits :
Texte : Lætitia Paviani, autrice et éditrice, membre du jury de diplôme (art)
Photos : ©iso.ebabx