Marlow Collette Cottin
DNSEP Art
« L'artiste doit s'efforcer d'étudier le milieu social où il vit, d'entrevoir l'au-delà de ce milieu social, il doit tendre à tout ce qui est la science, la lumière, la raison, la justice, l'humanité. Cela fera sourire de pitié les petits bouddhas qui assèchent des bocks dans les brasseries de Montmartre, en rimant des sonnets à leur nombril. »1
Vers la fin du XIXe siècle, l’Art Social — regroupant anarchistes et solidaristes — s’oppose partout en Europe à l’Art pour l’Art et à l’Art Bourgeois aka l’Art Académique. En France, dans une société post‑révolutionnaire, industrielle et marchande cette idée d’Art Social, recouvre des acceptions et des issues diverses, mais enfin pour commencer il interroge déjà la fonction de l’art et tendra à développer l’éducation populaire. Dans le même esprit, quelques siècles plus tard, ce sont plutôt les hors fonction et les non‑lieux qu’interroge le travail de Marlow Collette Cottin. À peine son diplôme en poche, MCC qui se présente comme artiste plasticienne, photographe et employée d’usine, lance sur Insta un appel à collectif « qui vise à rassembler autour d’un art qui sort des espaces codifiés pour réintégrer l’ordinaire, l’habité, le vivant ». Et à défaut d’intégrer ces espaces en force, on peut laisser traîner des trucs sur les tables pour faire passer le message. En 2024, MCC réalise la pièce Avoir les jetons, il s’agit de ces jetons de supermarché pour emprunter un caddie jusqu’au passage à la caisse, MCC les fait fabriquer en plastique transparent et fait inscrire dessus « 9 mantras pour être bien accompagnés en courses », 9 menus messages déstabilisateurs pour sortir du business as usual. « Éventrer toutes les bouteilles de Coca‑Cola », « Gribouiller tous les codes-barres », « Brûler tout ce qu’on ne peut pas acheter », « Déverser du liquide vaisselle au rayon surgelé », entre autres. À retrouver dispersé dans l’espace public également, Le Bernard (2025), et sa version à pile, Le petit Bernard, tous deux compteurs de salaire de Bernard Arnault, où défilent le temps et l’argent gagné par ce dernier (ex : 12 secondes passées à regarder l’un des Bernard et le vrai a déjà gagné 19104€). Faire de l’art social ça peut aussi être faire entrer l’espace public dans l’espace d’exposition comme avec l’installation Dans ma rue, il y a…, (2025) où des greffons de rue se développent dans de vrais frigos comme des bactéries dont on se serait pris d’affection. Ça peut être aussi l’espace mental contraint dans l’espace médical contraint dans l’espace artistique avec Couloir (2025), un caisson en bois, toile de verre, carrelage, faux plafond, néon, horloge, interrupteur et fenêtre, qui reproduit librement la vue du couloir sur lequel donnait la fenêtre d’observation depuis la chambre d’hôpital psychiatrique de Marlow Collette Cottin lors d’un internement sous contrainte. Ça peut être un écran de télé retourné contre un mur, le son d’un journal de BFM TV, des graffitis sur le mur en vis‑à‑vis, on imagine la grand‑mère de MCC qui absorbe ces news en boucle, on prend acte de L’État du Monde (2025).
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[1] ↩ TABARANT Adolphe, Le Club de l’Art social, La Revue socialiste, janvier 1890.
Crédits :
Texte : Lætitia Paviani, autrice et éditrice, membre du jury de diplôme (art)
Photos : ©iso.ebabx