Marlow Collette Cottin
DNSEP Art
En 2024, MCC réalise la pièce Avoir les jetons, il s’agit de ces jetons de supermarché pour emprunter un caddie jusqu’au passage à la caisse, MCC les fait fabriquer en plastique transparent et fait inscrire dessus « 9 mantras pour être bien accompagnés en courses », 9 menus messages déstabilisateurs pour sortir du business as usual. « Éventrer toutes les bouteilles de Coca-Cola », « Gribouiller tous les codes barres », « Brûler tout ce qu’on ne peut pas acheter », « Déverser du liquide vaisselle au rayon surgelé », entre autre. Dispersé dans l’espace public également, il y a aussi Le Bernard (2025), et sa version à pile, Le petit Bernard, tous deux compteurs de salaire de Bernard Arnaud, où défilent le temps et l’argent gagné par ce dernier (ex : 12 secondes passées à regarder l’un des Bernard et le vrai a déjà gagné 19104€). Dans l’ensemble, pour son diplôme, MCC a fait entrer l’espace public dans l’espace d’exposition, comme avec l’installation Dans ma rue, il y a…, (2025) où des greffons de rue se développent dans de vrais frigos comme des bactéries dont on se serait pris d’affection. Ces déplacements de « lieux » peuvent aussi se jouer dans l’espace mental contraint dans l’espace médical contraint dans l’espace artistique avec Couloir (2025), un caisson en bois, toile de verre, carrelage, faux plafond, néon, horloge, interrupteur et fenêtre, qui reproduit librement la vue du couloir sur lequel donnait la fenêtre d’observation depuis la chambre d’hôpital psychiatrique de Marlow Collette Cottin lors d’un internement sous contrainte. Rien n’est vraiment à sa place, comme si les œuvres de Marlow n’avaient pas encore trouvé l’endroit ou la forme qui correspondent à leur fond. Dans l’escalier qui menait à la salle d’expo trop blanche, où on nous avait fait attendre avant d’entrer, il y avait pourtant cette œuvre à laquelle je repense beaucoup. Un écran de télé retourné contre le mur de cet escalier de l’école, les graffitis sur le mur, ce qu’ils disaient, les couleurs, partout, des mots, des cris, et la grand-mère de MCC qu’on imagine devant son poste, dans la lumière bleue, et ce qu’elle entend, en boucle, quand on passe derrière, en rentrant de soirée, tard le soir, d’autres mots, d’autres constats. Cette pièce-là s’appelle L’État du Monde (2025). À peine son diplôme en poche, MCC lance un appel à collectif « qui vise à rassembler autour d’un art qui sort des espaces codifiés pour réintégrer l’ordinaire, l’habité, le vivant ». Comment montrer de l’art, non plus dans des espaces dédiés et intimidants mais plutôt chez les gens, dans le familier et l’accessible, on se débrouille, mais il faut de l’argent, histoire d’offrir des conditions correctes aux futur·es exposant·es ou résident·es. Marlow met des sous de côté, elle bosse à plein temps en usine, une usine qui fabrique des autocollants et des notices à rallonge pour d’autres usines qui fabriquent des pesticides, des raticides. Elle s’occupe des expéditions. Ça lui donne envie de chialer quand elle voit les petits rats sur les rouleaux de stickers. Pour autant, certains jours, elle trouve qu’une palette est plus belle qu’une autre. C’est sans doute là, dans ces espaces de réalité que le regard artistique et critique de MCC prend tout son sens et trouvera enfin sa forme idéale.
Crédits :
Texte : Lætitia Paviani, autrice et éditrice, membre du jury de diplôme (art)
Photos : ©iso.ebabx ©Marlow Collette Cottin ©Leah Williamson