Maïsha Mwepu

DNSEP Design

Un des enjeux essentiels pour écrire l'histoire des personnes noires est d'en restituer une vision qui ne soit pas uniquement celle des colonisateurs et des esclavagistes, afin de soustraire les sujets noirs à une histoire placée sous le signe d'une domination qui trop souvent ne veut même pas se reconnaître comme telle. C'est ce qu'a entrepris Maïsha Mwepu, avec Quentin Martial et MCM, au travers du projet multimédia Surexposer, une déambulation numérique et interactive parmi des objets appartenant au musée africain de l'île d'Aix. Différents apports textuels ainsi que le traitement graphique des images documentant ces objets qui nécessitent un regard anti- ou dé-colonial, permettent de proposer une contre-exposition, prenant place dans le cadre d'un projet plus vaste mené collectivement par les étudiant·es de l'ebabx au Musée d'Aquitaine1.

Aussi indispensable qu'elle soit, cette approche ne peut toutefois que rappeler la centralité du fait colonial, tout en l'abordant du point de vue adverse aux colonisateurs. À partir des archives ou par la fiction, la démarche de Maïsha Mwepu vise aussi, de façon complémentaire, à élaborer de nouvelles configurations où il serait possible d'imaginer l’expérience des personnes noires détachée du fléau colonial et de sa violence. C'est ce qu'elle entreprend en écrivant et en mettant en forme une nouvelle sur la transmission de savoirs ancestraux panafricains (Cosmogonie du peuple des admirateurs d'Amma, 2025), en créant une police de caractère qui puisse incarner une cosmogonie s'y référant (Cosmogonie, 20252), ou encore au travers d'un mémoire de DNSEP explorant les imaginaires afrofuturistes, que le philosophe Achille Mbembe définit comme un mélange de réalisme magique et de techno-culture3, qui donne son titre à ce travail4.

La fiction noire, en tant que moteur pour produire des histoires et des imaginaires alternatifs, est ainsi convoquée par la designer pour nourrir des processus d'écriture et de recherche graphique, typographique ou éditoriale, en vue qu'ils puissent à leur tour participer à établir de tels imaginaires.

Cette approche, liée à bien des égards à des questionnements anthropologiques, se prolonge dans la manière dont Maïsha Mwepu considère les objets témoins de nos cultures matérielles comme des porteurs de récits. Ainsi, dans l'édition Les bidules autour des clés, réalisée avec Pauline Hervouet, les deux autrices et designers ont rassemblé après un appel à participation neuf photos et témoignages de personnes ayant des clés et des porte-clés porteurs de récits qui, pour personnels qu'ils soient, ont aussi souvent une valeur collective.


  1. [1] ↩ « Renverser. Objets orphelins et musées à l’ère décoloniale », installation des étudiants de l’école supérieure des beaux-arts de Bordeaux, Musée d'Aquitaine, Bordeaux, juin-novembre 2025.

  2. [2] ↩ Cette police de caractère a été utilisée entre autres dans le cadre de l'exposition « Renverser ».

  3. [3] ↩ Voir Achille Mbembe, « Afrofuturisme et devenir-nègre du monde », Politique africaine, n°136, décembre 2014, p. 121-133.

  4. [4] ↩ Maïsha Mwepu, Réalisme magique et technoculture, Comment la fiction noire dessine le monde de demain, mémoire de Dnsep, ebabx, 2025.

Crédits :
Texte : Jérôme Dupeyrat, critique d’art et chercheur, membre du jury de diplôme (design)
Photos : ©iso.ebabx

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